La carte grise aux deux noms semble, à première vue, une solution pratique pour les couples, familles ou colocataires partageant un véhicule. Cette co-titularité donne l’impression d’officialiser l’égalité d’utilisation et de propriété.
Pourtant, cette démarche, bien que courante, cache de nombreux inconvénients méconnus qui peuvent s’avérer coûteux, tant sur le plan administratif que relationnel. En * 2025, les règles de l’immatriculation ont évolué, mais la complexité inhérente à la co-titularité demeure.
Ce choix, parfois fait dans l’enthousiasme ou par commodité, peut vite se transformer en casse-tête. Avant de valider cette option, il est crucial de comprendre ses limites, ses risques et ses conséquences à long terme.
Cet article vous guide pas à pas à travers les désagréments souvent passés sous silence, afin que vous puissiez faire un choix éclairé et éviter des erreurs qui pourraient vous coûter cher.
La complexité des démarches administratives et des responsabilités
Derrière l’apparente simplicité d’un véhicule au nom de deux personnes se cache un système administratif souvent mal compris. La co-titularité sur une carte grise ne signifie pas une simple addition de deux noms, mais une responsabilité conjointe et solidaire.
Cela veut dire que, juridiquement, chaque titulaire est pleinement responsable du véhicule, peu importe qui le conduit à un moment donné.
En cas d’infraction au code de la route, d’amende, ou de stationnement gênant, l’État ne cherche pas à savoir qui était au volant : les deux noms sur la carte grise sont redevables.
Cette absence de distinction claire entre les conducteurs peut vite devenir problématique, surtout si l’un des deux a un comportement plus risqué ou moins vigilant.
La situation se complique encore lorsqu’il s’agit de vendre le véhicule. Contrairement à une carte grise simple, la cession d’un véhicule en co-titularité exige l’accord explicite des deux parties. Chaque titulaire doit signer le certificat de cession (cerfa * 13754).
Si les relations entre les deux personnes se dégradent — divorce, conflit familial, désaccord sur le prix de revente — cette obligation devient un véritable frein. Il est impossible de vendre le véhicule sans l’une des signatures.
Ce blocage peut durer des mois, paralyser la transaction, et obliger à des démarches judiciaires coûteuses. Il est donc essentiel de bien peser cette contrainte avant de s’engager.
Les changements de situation personnelle, comme un divorce ou un décès, amènent aussi des complications spécifiques. En cas de décès de l’un des titulaires, l’autre devient automatiquement propriétaire, mais doit effectuer des démarches spécifiques pour modifier la carte grise.
Le processus varie selon que le véhicule est considéré comme un bien commun ou personnel. En cas de divorce, la voiture doit être partagée comme tout autre bien, ce qui peut nécessiter une évaluation, un rachat, ou une vente imposée.
Les frais de changement de carte grise peuvent s’accumuler, et la tension personnelle rend ces procédures d’autant plus difficiles à gérer.
🧮 Estimer les frais liés à un changement de carte grise
Les problèmes liés à l’assurance automobile
Le volet assurance est l’un des aspects les plus délicats de la carte grise aux deux noms. Lorsque vous souscrivez une assurance, l’assureur vous demande de désigner un conducteur principal. Ce choix est crucial : c’est sur lui que repose le calcul du bonus-malus.
Peu importe que les deux noms soient sur la carte grise, seul le conducteur principal influence le coefficient de réduction majoration (CRM). Si le second titulaire prend souvent le volant et accumule des infractions ou des sinistres, c’est le bonus du premier conducteur qui en pâtit.
Ce mécanisme crée une injustice potentielle, surtout si le conducteur principal est prudent et que l’autre ne l’est pas.
De plus, certains assureurs considèrent que le fait d’avoir deux noms sur la carte grise sans que le second soit déclaré comme conducteur occasionnel ou second conducteur peut constituer une fausse déclaration. En cas de sinistre, la compagnie pourrait refuser l’indemnisation ou appliquer des pénalités.
Pour éviter cela, il est indispensable de bien déclarer tous les conducteurs réguliers, même s’ils ne sont pas sur la carte grise.
Une assurance « tous conducteurs » est alors une option, mais elle est souvent plus chère, car elle élargit la couverture à des personnes dont le profil n’est pas connu de l’assureur.
Gestion des sinistres en cas de co-titularité
En cas d’accident, la gestion du sinistre peut devenir un véritable parcours du combattant si les deux titulaires ne sont pas d’accord. Qui contacte l’assureur ? Qui choisit le garage ? Qui valide les réparations ?
Ces décisions doivent être prises conjointement, ce qui peut entraîner des retards et des tensions. Si l’un des deux titulaires souhaite une réparation rapide et coûteuse, et que l’autre préfère une solution plus économique, l’assureur se retrouve dans une impasse.
Il est donc important d’avoir des accords clairs dès le départ, voire un document écrit, pour éviter ces conflits.
Les désavantages financiers et fiscaux
Le coût direct de la carte grise aux deux noms est identique à celui d’une carte grise simple. Cependant, les frais indirects peuvent rapidement s’accumuler.
La taxe d’immatriculation (TVI) est calculée en fonction de la puissance du véhicule, de son âge et de sa région, indépendamment du nombre de titulaires.
En revanche, la répartition de cette dépense entre les deux personnes peut devenir un sujet de discorde, surtout si l’un des deux utilise beaucoup plus la voiture que l’autre. Il n’existe aucun mécanisme automatique de répartition équitable : tout repose sur la bonne foi des parties.
Fiscalement, un véhicule en co-titularité peut poser des questions dans le cadre d’une succession ou d’une liquidation de patrimoine. Le véhicule est-il un bien commun ? Appartient-il à l’un des deux ?
La réponse dépend du régime matrimonial ou des preuves de propriété (quittance de paiement, contrat de donation, etc.). En l’absence de preuve, la justice présumera souvent que le bien est commun, ce qui peut entraîner des réclamations inattendues.
Par ailleurs, dans certaines communes, les véhicules peuvent être pris en compte dans le calcul des impôts locaux ou des aides sociales. Avoir deux noms sur la carte grise peut fausser ces évaluations.
❓ Quiz : Êtes-vous prêt pour une carte grise aux deux noms ?
Question 1 : Utilisez-vous le véhicule de manière équitable ?
Question 2 : Avez-vous déjà eu des désaccords financiers ?
Question 3 : Que feriez-vous en cas de séparation ?
Les complications en cas de séparation ou de litige
La pire des situations survient lorsque les relations entre les deux titulaires se détériorent. Un divorce, une rupture amicale, ou un simple désaccord sur l’avenir du véhicule peut transformer la co-titularité en enfer administratif. La voiture, symbole de liberté, devient alors une source de conflit quotidien.
En l’absence d’un accord amiable, il n’existe pas de procédure simple pour imposer à l’un des deux titulaires de retirer son nom de la carte grise. Cela nécessite souvent une action en justice, comme une demande de partage ou une saisie du bien.
Le partage à l’amiable, bien qu’idéal, est rarement aussi simple qu’il n’y paraît. Même si les deux parties s’entendent pour que l’un garde le véhicule, celui qui cède sa part doit être « racheté ».
Mais selon qui a payé la voiture, selon les preuves disponibles, et selon le régime matrimonial, cette valeur peut être contestée. Il n’existe pas de règle automatique : tout dépend des circonstances.
Dans certains cas, un notaire ou un juge aux affaires familiales doit être saisi, ce qui entraîne des frais supplémentaires et des délais importants. Il est donc crucial d’anticiper ces scénarios dès le départ et de documenter les choses.
Procédures judiciaires : que faire si aucun accord n’est trouvé ?
Si aucun accord ne peut être trouvé, la seule solution est de saisir le tribunal. En cas de divorce, le juge aux affaires familiales tranchera le partage des biens. Pour un couple non marié ou des colocataires, il faudra saisir le tribunal judiciaire.
La procédure peut prendre plusieurs mois, et les frais d’avocat s’ajoutent à ceux du changement de carte grise. Dans certains cas, le tribunal peut ordonner la vente du véhicule aux enchères pour répartir l’argent entre les deux parties.
Ce processus, long et coûteux, montre à quel point la co-titularité peut se transformer en piège si les relations se détériorent.
Les alternatives à la carte grise aux deux noms
La bonne nouvelle est qu’il existe des alternatives plus souples et moins risquées. La première, et la plus simple, est de laisser la carte grise au nom d’une seule personne, tout en déclarant les deux conducteurs à l’assurance.
Cela garantit que les deux personnes sont couvertes, tout en simplifiant énormément les démarches administratives. En cas de vente, de changement d’adresse ou de décès, une seule personne doit agir. Le système du bonus-malus reste clair, et les responsabilités sont bien définies.
Cette solution est idéale pour les couples, les familles ou les colocataires qui partagent un véhicule sans vouloir s’engager dans une co-propriété complexe.
Pour les personnes morales ou les professionnels, la création d’une société (EURL, SARL, etc.) peut être une option pertinente. Le véhicule est alors propriété de la société, et non d’un individu. Cela permet une meilleure gestion fiscale, mais suppose des obligations comptables et administratives lourdes.
Cette solution n’est donc pas adaptée pour un usage privé classique. Enfin, dans des cas très spécifiques, une procuration peut être établie pour permettre à une personne de conduire, mais cela ne change pas la titularité ni les responsabilités. Elle est donc insuffisante pour résoudre les problèmes de fond.
| Critère | Carte grise aux deux noms | Carte grise simple + tous conducteurs |
|---|---|---|
| Démarches administratives | Complexes (accord nécessaire) | Simples |
| Bonus-malus | Risque de pénalisation injuste | Clair et maîtrisé |
| Responsabilités en cas d’infraction | Solidaire (les deux sont visés) | Limitée au conducteur |
| Vente du véhicule | Nécessite l’accord des deux | Une seule signature suffit |
| Coût d’assurance | Variable, risque de hausse | Stable si conducteur principal fiable |
Conclusion : Faut-il vraiment opter pour une carte grise aux deux noms ?
La carte grise aux deux noms, bien qu’attrayante sur le papier, comporte de nombreux inconvénients qui en font une option risquée dans la majorité des cas. Les complexités administratives, les enjeux d’assurance, les difficultés financières et les risques relationnels sont autant de freins à ne pas négliger.
En * 2025, alors que les démarches en ligne simplifient bien des processus, la co-titularité reste un système rigide et peu adapté à la réalité du partage d’un véhicule. Même dans un contexte de confiance totale, les aléas de la vie peuvent transformer cette décision en cauchemar.
La solution la plus équilibrée reste souvent celle de la carte grise au nom d’une seule personne, couplée à une assurance tous conducteurs. Elle offre une sécurité juridique, une simplicité administrative et une gestion claire des responsabilités.
Cela ne diminue en rien la légitimité d’utilisation du second conducteur, mais évite les pièges de la co-titularité. Avant de faire un choix, il est essentiel de bien réfléchir à vos relations, à vos habitudes de conduite et à vos perspectives d’avenir.
Si vous avez des doutes, il est préférable de consulter un notaire ou un expert-comptable, selon votre situation. Le confort et la sérénité à long terme valent bien quelques minutes de réflexion supplémentaires.
Questions fréquentes
Peut-on retirer un nom de la carte grise sans l’accord de l’autre titulaire ?
Non, en principe, chaque modification de la carte grise en co-titularité nécessite l’accord des deux parties. En cas de désaccord, une procédure judiciaire est nécessaire pour forcer le retrait d’un nom.
Qui paie l’amende en cas d’excès de vitesse avec une carte grise aux deux noms ?
Les deux titulaires sont responsables solidairement. L’amende peut être envoyée à l’un ou l’autre, mais les deux restent redevables. Le conducteur fautif peut néanmoins être identifié par d’autres moyens (vidéo, témoignage).
Le bonus-malus est-il partagé entre les deux titulaires ?
Non. Le bonus-malus est lié au conducteur principal déclaré à l’assureur, pas aux titulaires de la carte grise. Cependant, les sinistres causés par le second conducteur peuvent impacter le bonus du premier.
Que se passe-t-il en cas de décès d’un des titulaires ?
L’autre titulaire devient automatiquement propriétaire du véhicule. Il doit toutefois effectuer une demande de changement de carte grise en fournissant un acte de décès et une déclaration sur l’honneur.
Est-ce que la carte grise aux deux noms est plus chère ?
Le coût de la carte grise est identique, mais les frais liés aux modifications, à l’assurance ou à des litiges peuvent être plus élevés qu’avec une carte grise simple.